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Le 6ème Raid des Trolls a marqué le retour
aux sources norvégiennes de Paul Vilcot et son équipe.
Pour les accueillir, la côte ouest du pays s'est fendue
de ses plus beaux sourires. Appelez fjords si vous voulez. Mais,
sous ses airs enjôleurs, cette magnifique région
n'a pas fait que des cadeaux aux 37 raiders.
C'est son côté brut...
C'est sur le bras d'un géant que s'est posé le
premier camp de base. Ovre Ardal se situe à l'une des
extrémités du plus long fjord du monde, Sognefjord.
Ce colosse s'étend sur plus de 200 kilomètres
et relie la côte ouest aux imposantes formations du massif
de Jotunheimen et du glacier de Jostedalsbreen. Déjà,
durant le transfert entre Bergen et Ardal, le ton du raid est
donné. La route enlace des montagnes d'où les
cascades, dans leur pure inconscience, se jettent dans le vide.
De-ci, de-là, des traces de glace s'improvisent miroir
d'une nature grandiose. Arrivé au camp de base, le paysage
n'en finit pas de jouer avec les émotions. De part et
d'autre, des parois culminent à plus de 1000 mètres.
Les tentes sont disposées le long d'un turbulent torrent.
La couleur de l'eau n'est pas très prometteuse quant
à sa température... Mais le soleil est là
pour apporter les 25 degrés qui rassurent un peu les
néophytes.
La présentation des concurrents montre pourtant que
le plateau rassemble beaucoup de raiders confirmés. Parmi
les débutants, Timothy Hugues se fait remarquer du haut
de ses 16 ans ! Il accomplira un formidable parcours en terminant
à la douzième place. Un demi-siècle...
et deux heures le sépareront à l'arrivée
de la course du vétéran de l'épreuve. Quant
à l'équipe de jeunes scouts, elle apporte déjà
du tonus à l'ambiance. Pendant toute la course, ils assureront
les ravitaillements intermédiaires. Et seront toujours
prêts à encourager les concurrents en chanson.
Après ces préliminaires, ce n'st plus la même
musique. Le rest de la journée est réservé
à l'acclimatation et aux conseils des toubibs. Comment
gérer une course en altitude, en terrains escarpés
? Car, pour ceux qui ne le savaient pas (mais qui le découvriront),
il s'agit d'une vraie course de montagne. Les pisteurs, ô
combien importants, détaillent les principes de balisage
: la plupart des tracés se feront hors pistes. En pleine
nature... Il faudra donc avoir l'oeil sur les rubalises qui
seront disposées, en principe, tous les 500 mètres.
Et cette nature, il faut la préserver. L'attention des
concurrents est attirée sur ce point. Les Norvégiens
sont (à juste titre) très attachés à
leur environnement.
6 Juillet. Enfin, c'est le départ pour les 37
coureurs. Plus un : Jetty, sous le dossard 39, s'est greffé
au peloton. Le chien de Nicole Giraud finira l'étape
en 33ème position ! Ce premier tronçon de 26 kilomètres
est dit de mise en jambes ( ou pattes, suivant le cas). Pourtant,
d'entrée, le ton est donné. Le départ alieu
au pied d'une cascade, le long du fjord, avec 1000 mètres
de dénivelée positive sur les dix premiers kilomètres.
Après un passage en forêt, à partir de 800
mètres, le monde minéral envahit le champ de vision.
Les paysages deviennent âpres ; la nature révèle
sa beauté à l'état brut. Ce sera une constante
tout au long de la course. La descente de douze kilomètres
se fait sur piste et à vive allure. Les quadriceps nagent
le crawl jusqu'à l'arrivée dans la piscine d'Ovre
Ardal. Deux concurrents se détachent : Didier Lemauff
en 2h19 suivi de près par Jérôme del'Vecchio
; chez les féminines, Brigitte Declercq, en 2h57, a creusé
un écart qu'elle n'aura cesse d'accroître à
chauqe étape. Mais pour l'instant, place à la
détente. La température est douce, le soleil refuse
de disparaître. Seul un léger asspmbrissement entre
une heure et trois heures du matin montre que la nuit peut exister
en Norvège.
7 juillet. C'est l'étape de vérité.
Au départ du camp, deux groupes sont formés pour
réduire les écarts à l'arrivée.
Au programme, 45 kilomètres à travers la montagne,
1875 mètres de dénivelée positive et négative.
Il est prévu de passer à 1450 mètres, dans
les névés. L'organisateur impose à chacun
le mini sac à dos avec K-Way et couverture de survie.
Les conseils de prudence quant aux risques de chutes de température
sont prodigués avec insistance, même si le temps
est superbe... Le souvenitr d'une étape dantesque en
2001, avec neige, brouillard et pluie verglaçante, est
encore gravé dans les mémoires. Mais faisons fi
du passé ! Après quatre kilomètres de mise
en jambes, on attaque la montée à travers des
paysages superbes : lacs gelés, névés,
franchissements de torrents, toundras, etc... Question dénivelée,
on n'est pas loin d'un tronçon de la 6000D et les passages
dans les champs de rochers nécessitent une vigilance
extrême. Le fin du fin sera la traversée d'un déversoir
de lac e 10 mètres de long avec 20 centimètres
d'eau à 4 degrés. Quel bien-être quand on
en sort.
Après le basculement au sommet et quelques passages
très techniques, une interminable de 20 kilomètres
sur piste amène à nouveau les concurrents à
la piscine et aux douches d'Ovre Ardal. La décision s'est
faite dans la descente pour la tête de la course. Nicolas
Bertrand arrive seul en 4h55 avec 8 minutes d'avance sur Didier
Lemauff et un groupe de trois dans un mouchoir : Christophe
Maho, Patrcik Tenault et Michaël Kraus. Didier garde la
tête du général. Jérôme Del'Vecchio,
victime d'une chute, perd toutes ses chances dans cette étape
mais termine vaillamment en 7 heures. Les derniers finiront
eux aussi avec beaucoup de courage en 12 heures, montrant aussi
toute la difficulté de ce genre de raid pour des néophytes.
L'équipe de massage a bien du travail et fait déjà
preuve de sa compétence (et de son charme...). Les toubibs,
Claire et Pierre Fouillant en tête, ne sont pas en reste
car les premières blessures aux pieds ont fait leur apparition.
On apprécie aussi l'efficacité de la logistique
et chacun se jette sur la nourriture mise à sa disposition.
Sauf qu'il faut la préparer soi-même... De quoi
révéler quelques fins cuisiniers qui s'ignoraient
avant la course !
8 juillet. Dernier départ du camp pour une étape
dite de récupération, soit 25 kilomètres
avec 800 mètres de dénivelée positive et
négative. Ce sera en fait un choc pour les jambes avec
des déclivités très techniques et dangereuses.
Les yeux ne seront pas en reste. Les cascades se suivent sans
se ressembler, les sentiers sont bordés de fraises des
bois ( les gourmands y laisseront quelques minutes)et, à
une altitude de 800 mètres, un plateau arboré
se repose auprès d'une rivière ondulante. Les
pâturages nous transportent en Suisse avec leurs fermes
et leurs habitantes aux nattes blondes... Le tableau serait
idyllique si, da,ns la dernière descente, Jérôme
n'avait pas à nouveau chuté : rupture du ligament
rotulien. La prompte intervention des toubibs, qui devront grimper
600 mètres de pente abrupte pour l'atteindre, et la laison
avec les secours norvègiens permettront son hélitreuillage
vers l'hôpital le plus proche. Pendant ce temps, Dideir
Lemauff, auteur d'une descnte d'enfer, s'impose à nouveau
en 2h37. Avec cinq autres en moins de cinq minutes, rien n'est
joué. Après les massages réparateurs et
les remises en état d'usage, le camp plie bagages pour
un nouveau site au bord du lac d'Osterbo, à 800 mètres
d'altitude. Camping rustique et côtes de boeuf permettent
à chacun de se refaire un moral tout neuf. Pourtant,
pour la première fois depuis notre arrivée en
Norvège, la pluie se manifeste. Qu'à cela ne tienne
! Une seule auberge à proximité, boisée
du sol au plafond et des fûts de bière. Le stock
sera mis à mal. Redoutable cette équipe de concurrents
alsaciens.
9 juillet. Etapoe de liaison. 20 kilomètres,
toute en descente, avec une dénivelée négative
de 800 mètres qui amènera la troupe vers le fjord
de Flam. Avant le départ, o, reçoit de bonnes
nouvelles de Jérômr qui sera rapatrié en
France pour être opéré avec succès.
On peut à nouveau se replonger dans le parcours magnifique.
On longe le lac, à-plat bleu au milieu de la vallée.
Puis on s'engouffre dans une forêt, descend le long du
torrent et parvient au fjord en traversabt cascades et champs
fleuris. Le passage le long d'une paroi à pic sur le
torrent est si somptueux que l'on en oublie le danger... Jusqu'à
l'arrivée au village de Vassbygdi, très festive,
où Patrcik renault s'impose en 1h30. attention, les anciens
se réveillent ! Didier conserve la tête du général,
mais la seconde place est très disputée. Nicolas
Bertrand et Christophe Maho se tiennent en moins d'une minute
; Brigitte Declercq poursuit sa promenade de santé et
contrôle la course chez les féminines.
Transfert vers le camping de Flam : nous voilà sur l'autre
bras du géant Sogne, dans la magnifique région
d'Aurland. En bonne attraction touristique, Flam voit passer
les immanquables bateaux de croisières et leur flot d'excursionnistes
assoifés de souvenirs. On y trouve aussi un train sans
crémaillère, franchissant des passages à
5% pour atteindre le très beau glacier de Myrdal à
1850 mètres, dans un jaillissement de ravins et de cascades
monumentales. Pour nous, ce sera promenade le long du port.
En reprise de contact avec la population norvégienne.
Leur dernier sourire date de leur visite chez le dentiste et
le moindre mégot est traqué avec férocité...
L'ambiance est quand même détendue car personne
imagine ne pas terminer l'ultime étape du lendemain.
10 juillet. Cette dernière étape ne sera
pas une formalité : 36 kilomètres avec 1860 mètres
de dénivelée positive et négative ; le
départ est donné au pied d'un "mur"
pour 1500 mètres d'ascension abrupte avec une belle traversée
en forêt. Au sommet, émerveillement : la vue sur
le fjord est extraordinaire. Il faut vraiment continuer ? Oui.
Et à la boussole, s'il vous plaît, pour traverser
une succession de névés et de torrents. La descente
dans une toundra parfois spon gieuse est difficile ; les chutes
sont plus nombreuses mais sans gravité. Les plus attentifs
auront la chance de voir quelques marmottes dont les cris stridents
accompagneront les coureurs pendant tout ce passage montagneux.
Puis une longue sur piste conduit à l'arrivée
où un formidable comité d'accueil chantant et
fleuri nous attend. Michaël Kraus en profite le premier,
en 3h18, à quelques encablures devant les favoris qui
ne se sont pas quittés de la journée, maintenant
ainsi le statu quo en tête de la course. Barbarra Albertelli
et Julien Sebastian, deux jeunes qui découvraient le
raid, termineront avec beaucoup de courage l'étape en
8h19. Ils seront acclamés par tous les concurrents. Hommage
également à André Bonnefoy, seul marcheur
de l'épreuve, qui a gardé tout au long du parcours
sa bonne humeur et ses encouragements pour ceux qui le dépassaient...
Mais où est passée la dernière équipe
de ravitaillement ? Egarée, elle ne sera récupérée
qu'après trois heures de recherches. D e quoi profiter
un peu plus du paysage !
11 juillet. Après un brunch pantagruélique
à l'hôtel voisin (où notre passage a fait
du saumon une denrée rare !), la journée se poursuit
ous le signe de la convivialité jusqu'au diner du soir
qui couronne les vainqueurs. Pourtant, la tristesse d'avoir
à se séparer commence à serrer les coeurs.
Les têtes, elles, rangent déjà consciencieusement
la valise à souvenirs de cette relation directe avec
une nature sauvage et intacte. Pour ne pas oublier... Personne
n'a pu voir les fameux trolls, bien sûr, ni même
les rennes ou les élans. A moins que jetty, le toutou,
ne nous en ait pas parlé ! Pour les autres, ce sera dans
deux ans, c'set promis.
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