Jogging international -octobre 2003

 

Le 6ème Raid des Trolls a marqué le retour aux sources norvégiennes de Paul Vilcot et son équipe. Pour les accueillir, la côte ouest du pays s'est fendue de ses plus beaux sourires. Appelez fjords si vous voulez. Mais, sous ses airs enjôleurs, cette magnifique région n'a pas fait que des cadeaux aux 37 raiders.

C'est son côté brut...

C'est sur le bras d'un géant que s'est posé le premier camp de base. Ovre Ardal se situe à l'une des extrémités du plus long fjord du monde, Sognefjord. Ce colosse s'étend sur plus de 200 kilomètres et relie la côte ouest aux imposantes formations du massif de Jotunheimen et du glacier de Jostedalsbreen. Déjà, durant le transfert entre Bergen et Ardal, le ton du raid est donné. La route enlace des montagnes d'où les cascades, dans leur pure inconscience, se jettent dans le vide. De-ci, de-là, des traces de glace s'improvisent miroir d'une nature grandiose. Arrivé au camp de base, le paysage n'en finit pas de jouer avec les émotions. De part et d'autre, des parois culminent à plus de 1000 mètres. Les tentes sont disposées le long d'un turbulent torrent. La couleur de l'eau n'est pas très prometteuse quant à sa température... Mais le soleil est là pour apporter les 25 degrés qui rassurent un peu les néophytes.

La présentation des concurrents montre pourtant que le plateau rassemble beaucoup de raiders confirmés. Parmi les débutants, Timothy Hugues se fait remarquer du haut de ses 16 ans ! Il accomplira un formidable parcours en terminant à la douzième place. Un demi-siècle... et deux heures le sépareront à l'arrivée de la course du vétéran de l'épreuve. Quant à l'équipe de jeunes scouts, elle apporte déjà du tonus à l'ambiance. Pendant toute la course, ils assureront les ravitaillements intermédiaires. Et seront toujours prêts à encourager les concurrents en chanson. Après ces préliminaires, ce n'st plus la même musique. Le rest de la journée est réservé à l'acclimatation et aux conseils des toubibs. Comment gérer une course en altitude, en terrains escarpés ? Car, pour ceux qui ne le savaient pas (mais qui le découvriront), il s'agit d'une vraie course de montagne. Les pisteurs, ô combien importants, détaillent les principes de balisage : la plupart des tracés se feront hors pistes. En pleine nature... Il faudra donc avoir l'oeil sur les rubalises qui seront disposées, en principe, tous les 500 mètres. Et cette nature, il faut la préserver. L'attention des concurrents est attirée sur ce point. Les Norvégiens sont (à juste titre) très attachés à leur environnement.

6 Juillet. Enfin, c'est le départ pour les 37 coureurs. Plus un : Jetty, sous le dossard 39, s'est greffé au peloton. Le chien de Nicole Giraud finira l'étape en 33ème position ! Ce premier tronçon de 26 kilomètres est dit de mise en jambes ( ou pattes, suivant le cas). Pourtant, d'entrée, le ton est donné. Le départ alieu au pied d'une cascade, le long du fjord, avec 1000 mètres de dénivelée positive sur les dix premiers kilomètres. Après un passage en forêt, à partir de 800 mètres, le monde minéral envahit le champ de vision. Les paysages deviennent âpres ; la nature révèle sa beauté à l'état brut. Ce sera une constante tout au long de la course. La descente de douze kilomètres se fait sur piste et à vive allure. Les quadriceps nagent le crawl jusqu'à l'arrivée dans la piscine d'Ovre Ardal. Deux concurrents se détachent : Didier Lemauff en 2h19 suivi de près par Jérôme del'Vecchio ; chez les féminines, Brigitte Declercq, en 2h57, a creusé un écart qu'elle n'aura cesse d'accroître à chauqe étape. Mais pour l'instant, place à la détente. La température est douce, le soleil refuse de disparaître. Seul un léger asspmbrissement entre une heure et trois heures du matin montre que la nuit peut exister en Norvège.

7 juillet. C'est l'étape de vérité. Au départ du camp, deux groupes sont formés pour réduire les écarts à l'arrivée. Au programme, 45 kilomètres à travers la montagne, 1875 mètres de dénivelée positive et négative. Il est prévu de passer à 1450 mètres, dans les névés. L'organisateur impose à chacun le mini sac à dos avec K-Way et couverture de survie. Les conseils de prudence quant aux risques de chutes de température sont prodigués avec insistance, même si le temps est superbe... Le souvenitr d'une étape dantesque en 2001, avec neige, brouillard et pluie verglaçante, est encore gravé dans les mémoires. Mais faisons fi du passé ! Après quatre kilomètres de mise en jambes, on attaque la montée à travers des paysages superbes : lacs gelés, névés, franchissements de torrents, toundras, etc... Question dénivelée, on n'est pas loin d'un tronçon de la 6000D et les passages dans les champs de rochers nécessitent une vigilance extrême. Le fin du fin sera la traversée d'un déversoir de lac e 10 mètres de long avec 20 centimètres d'eau à 4 degrés. Quel bien-être quand on en sort.

Après le basculement au sommet et quelques passages très techniques, une interminable de 20 kilomètres sur piste amène à nouveau les concurrents à la piscine et aux douches d'Ovre Ardal. La décision s'est faite dans la descente pour la tête de la course. Nicolas Bertrand arrive seul en 4h55 avec 8 minutes d'avance sur Didier Lemauff et un groupe de trois dans un mouchoir : Christophe Maho, Patrcik Tenault et Michaël Kraus. Didier garde la tête du général. Jérôme Del'Vecchio, victime d'une chute, perd toutes ses chances dans cette étape mais termine vaillamment en 7 heures. Les derniers finiront eux aussi avec beaucoup de courage en 12 heures, montrant aussi toute la difficulté de ce genre de raid pour des néophytes. L'équipe de massage a bien du travail et fait déjà preuve de sa compétence (et de son charme...). Les toubibs, Claire et Pierre Fouillant en tête, ne sont pas en reste car les premières blessures aux pieds ont fait leur apparition. On apprécie aussi l'efficacité de la logistique et chacun se jette sur la nourriture mise à sa disposition. Sauf qu'il faut la préparer soi-même... De quoi révéler quelques fins cuisiniers qui s'ignoraient avant la course !

8 juillet. Dernier départ du camp pour une étape dite de récupération, soit 25 kilomètres avec 800 mètres de dénivelée positive et négative. Ce sera en fait un choc pour les jambes avec des déclivités très techniques et dangereuses. Les yeux ne seront pas en reste. Les cascades se suivent sans se ressembler, les sentiers sont bordés de fraises des bois ( les gourmands y laisseront quelques minutes)et, à une altitude de 800 mètres, un plateau arboré se repose auprès d'une rivière ondulante. Les pâturages nous transportent en Suisse avec leurs fermes et leurs habitantes aux nattes blondes... Le tableau serait idyllique si, da,ns la dernière descente, Jérôme n'avait pas à nouveau chuté : rupture du ligament rotulien. La prompte intervention des toubibs, qui devront grimper 600 mètres de pente abrupte pour l'atteindre, et la laison avec les secours norvègiens permettront son hélitreuillage vers l'hôpital le plus proche. Pendant ce temps, Dideir Lemauff, auteur d'une descnte d'enfer, s'impose à nouveau en 2h37. Avec cinq autres en moins de cinq minutes, rien n'est joué. Après les massages réparateurs et les remises en état d'usage, le camp plie bagages pour un nouveau site au bord du lac d'Osterbo, à 800 mètres d'altitude. Camping rustique et côtes de boeuf permettent à chacun de se refaire un moral tout neuf. Pourtant, pour la première fois depuis notre arrivée en Norvège, la pluie se manifeste. Qu'à cela ne tienne ! Une seule auberge à proximité, boisée du sol au plafond et des fûts de bière. Le stock sera mis à mal. Redoutable cette équipe de concurrents alsaciens.

9 juillet. Etapoe de liaison. 20 kilomètres, toute en descente, avec une dénivelée négative de 800 mètres qui amènera la troupe vers le fjord de Flam. Avant le départ, o, reçoit de bonnes nouvelles de Jérômr qui sera rapatrié en France pour être opéré avec succès. On peut à nouveau se replonger dans le parcours magnifique. On longe le lac, à-plat bleu au milieu de la vallée. Puis on s'engouffre dans une forêt, descend le long du torrent et parvient au fjord en traversabt cascades et champs fleuris. Le passage le long d'une paroi à pic sur le torrent est si somptueux que l'on en oublie le danger... Jusqu'à l'arrivée au village de Vassbygdi, très festive, où Patrcik renault s'impose en 1h30. attention, les anciens se réveillent ! Didier conserve la tête du général, mais la seconde place est très disputée. Nicolas Bertrand et Christophe Maho se tiennent en moins d'une minute ; Brigitte Declercq poursuit sa promenade de santé et contrôle la course chez les féminines.

Transfert vers le camping de Flam : nous voilà sur l'autre bras du géant Sogne, dans la magnifique région d'Aurland. En bonne attraction touristique, Flam voit passer les immanquables bateaux de croisières et leur flot d'excursionnistes assoifés de souvenirs. On y trouve aussi un train sans crémaillère, franchissant des passages à 5% pour atteindre le très beau glacier de Myrdal à 1850 mètres, dans un jaillissement de ravins et de cascades monumentales. Pour nous, ce sera promenade le long du port. En reprise de contact avec la population norvégienne. Leur dernier sourire date de leur visite chez le dentiste et le moindre mégot est traqué avec férocité... L'ambiance est quand même détendue car personne imagine ne pas terminer l'ultime étape du lendemain.

10 juillet. Cette dernière étape ne sera pas une formalité : 36 kilomètres avec 1860 mètres de dénivelée positive et négative ; le départ est donné au pied d'un "mur" pour 1500 mètres d'ascension abrupte avec une belle traversée en forêt. Au sommet, émerveillement : la vue sur le fjord est extraordinaire. Il faut vraiment continuer ? Oui. Et à la boussole, s'il vous plaît, pour traverser une succession de névés et de torrents. La descente dans une toundra parfois spon gieuse est difficile ; les chutes sont plus nombreuses mais sans gravité. Les plus attentifs auront la chance de voir quelques marmottes dont les cris stridents accompagneront les coureurs pendant tout ce passage montagneux.

Puis une longue sur piste conduit à l'arrivée où un formidable comité d'accueil chantant et fleuri nous attend. Michaël Kraus en profite le premier, en 3h18, à quelques encablures devant les favoris qui ne se sont pas quittés de la journée, maintenant ainsi le statu quo en tête de la course. Barbarra Albertelli et Julien Sebastian, deux jeunes qui découvraient le raid, termineront avec beaucoup de courage l'étape en 8h19. Ils seront acclamés par tous les concurrents. Hommage également à André Bonnefoy, seul marcheur de l'épreuve, qui a gardé tout au long du parcours sa bonne humeur et ses encouragements pour ceux qui le dépassaient... Mais où est passée la dernière équipe de ravitaillement ? Egarée, elle ne sera récupérée qu'après trois heures de recherches. D e quoi profiter un peu plus du paysage !


11 juillet. Après un brunch pantagruélique à l'hôtel voisin (où notre passage a fait du saumon une denrée rare !), la journée se poursuit ous le signe de la convivialité jusqu'au diner du soir qui couronne les vainqueurs. Pourtant, la tristesse d'avoir à se séparer commence à serrer les coeurs. Les têtes, elles, rangent déjà consciencieusement la valise à souvenirs de cette relation directe avec une nature sauvage et intacte. Pour ne pas oublier... Personne n'a pu voir les fameux trolls, bien sûr, ni même les rennes ou les élans. A moins que jetty, le toutou, ne nous en ait pas parlé ! Pour les autres, ce sera dans deux ans, c'set promis.

 

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