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C'est au coeur d'une nature abondante et avec une population
particulièrement accueillante qu'avaient rendez-vous
les coureurs du premier Costa Rica Run. En 181 kilomètres,
ils n'ont pas eu assez de leurs yeux pour admirer, de leurs
oreilles pour écouter. Et parfois de leurs jambes pour
crapahuter.
Pas toujours facile de faire face à la diversité.
Ce raid plonge les coureurs au coeur d'une région
et d'une population généreuses.
Le coeur du pays s'affole. La Cordillère, massif montagneux
encore jeune, égrène des volcans qui ne veulent
pas dormir. La jungle bouillonne de son trop-plein d'activités.
Il nous faut pourtant trouver le sommeil. Satané décalage
horaire ! L'avion nous a laissé dans la soirée
à San José, la capitale. Nous sommes désormais
à 70 kilomètres à l'est. Turrialba, ville
centrale. Nos familles d'accueil nous attendent avec impatience.
"Qui sont ces coureurs assz fous pour défier la
montagne?" Notre seule hâte : nous reposer. Le
lendemain, direction Bajo Pacuare. Ce village fera offfice de
point de départ sur plusieurs étapes. En attendant,
Turrialba s'éloigne peu à peu dans un imbroglio
de vert et d'ocre. Des arbres démesurés émergent
de vallées touffues. Les kilomètres défilent
à travers la forêt. Des fleurs chamarrées
succèdent aux palmeraies, aux champs de riz, aux banabiers.
Cahin-caha, le bus s'engage sur un pont dont quelques planches
ont fait l'école buissonière. Suivent les chemins
de terre boueux. Le chauffeur effectue plusieurs essais pour
monter une dernière côte. Il se résout finalement
à déposer ces passafers qui doivent terminer à
pied jusqu'au camp, histoire d'avoir un petit aperçu
de ce qui les attend pour les jours suivants ! Le mois d'août
est au coeur de la saison des pluies au Costa Rica. Nous en
ferons l'expérience tout au long du raid : durant la
semaine ont alterné franc et pluies abondantes. Le ciel
n'a jamais pu se décider entre le ciel bleu et le gris
souris !
La journée du lendemain est encore consacrée
à la récupération. Les habitants du village
viennent nous proposer une partie de football. Quelle institution
ici ! L'occasion est trop belle : quelques membres du staff
et plusieurs coureurs se lancent dans la bataille. Costa Rica
: 4 ; France : 2. Honorable vu l'entraînement des Costaricains.
Arrive l'heure du briefing. Les langues commencent à
se délier. Les néophytes expriment leurs inquiétudes
auprès des plus expérimentés. Pourtant,
quelle que soit leur expérience, tous sont là
pour se "laver la tête" du quotidien,
"faire la vidange" des habitudes et du stress
accumulés. Passionnés de sport, ils vont pouvoir
aller au bout d'eux-mêmes sur un parcours où les
éléments ne leur feront aucun cadeau.
22 août : Grosse mise en jambes. 4 heures. Réveil
difficile pour des aventuriers encore sous le cioup du décalage
horaire. Déjà, des odeurs de riz planent
dans l'air. L'incontournable gallo pinto, mélange
de riz et de haricots rouges, nous attend pour un petit déjeuner
copieux. Merci les cuisiniers ... 5h30. Enfin l'heure du départ.
Dossars épinglés, casquettes enfilées,
chaussures bien lacées. Les trailers sont prêts
pour la plus longue étape du raid. 43 kilomètres
de pistes accidentées et de sentiers boueux à
travers la forêt ; 1784 mètres de dénivelée
positive et 1150 mètres de dénivelée négative.
Pour une mise en bouche, le morceau n'est pas facile à
avaler. Peu importe, nous sommes là pour enchaîner
les foulées. Pendant ce temps, les paysages défilent
en cinémascope sous nos yeux ébahis. Quelle variété
! Autant de changement en si peu de temps, c'est tout simplement
stupéfiant.. Johan Serazin ne s'est pas laissé
distraire. En 3h45, il a largement dominé toute cette
étape qui nous amène à moravia, dans un
superbe gîte planté au milieu d'un décor
idyllique. L'heure est à la détente : siste sous
les palmiers pour certains, plongeons dans la piscine pour d'autres.
Ou encore première visite chez les médecins suiveurs,
Pierre et Claire Fouillant, pour soigner les ampoules naissantes.
23 août : Que de boue ! 353 mètres de dénivelée
positive et négative ; 28 kilomètres de boue annoncés.
Merci les pisteurs de nous avoir prévenus. Mais à
ce point, de mémoire de raider, on n'avait jamais vu
cela ! La meilleur stratégie pour gagner du temps, c'est
d'abord d'éviter d'en perdre en allant repêcher
sa chaussure coincée dans la gadoue ! Sur cette épreuve,
certains coureurs commencent à faire l'épreuve
de la solitude, deviennent soucieux. "Avant tout, ne
pas se perdre !" Dans cette forêt primaire, tout
est dense, insondable, inquiétant. Les troncs morts esquissent
de sinistres silhouettes. Des bruits lugubres s'élèvent
dans la touffeur tropicale. Beaucoup sont venus vivre ici une
aventure hors des sentiers battus. Ils sont servis ! La descente
jusqu'à la rivière est très technique.
Banane vite avalée, citron tout frais et c'est reparti
pour la plus difficile des montées. Deux serpoents s'invitent
sur le parcours mais sont évités. Quelques chutes
surviennent mais sont bien rattrapées. Lors de cette
étape, les groupes commencent à se former. On
a tous besoin des autres. L'entraide et la solidarité
ne sont plus une question de politesse. Elles deviennent nécessité.
24 août : Où sont passées les balises
? Dès le départ, un rythme soutenu est donné.
Nous sommes bien lancés mais, tout à coup, nous
ne savons pas trop où aller. Le balisage commence à
se faire rare. Et disparaît tout à fait. Des petits
plaisantins ont déplacé les balises ; les coureurs
se perdent dans les caféiers ... Voilà qui est
un peu fort de café comme diraient les planteurs costaricains
! Pour finir, cette étape est annulée. Dommage
car elle était magnifique. Seuls 16 kilomètres
sont courus au lieu des 43 initialement prévus. Rira
bien qui rira le dernier. Pour plus de sécurité,
le système de balisage est changé. De la peinture
biodégradable, ce sera plus difficile à déplacer
!
25 août : Comme Indiana Jones. Nous entamons une
boucle de 27 kilomètres sur des chemins escarpés.
Durant cette étape, notre principale préoccupation
est de ne pas perdre de vue les flèches tracées
au sol. Mais voilà qu'elles disparaissent à nouveau
: une rivière tumultueuse nous barre la route. Est-ce
vraiment le moment de jouer ? La traversée est épineuse,
il faut affronter les courants, on se prend pour Indiane Jones,
on s'aide de cordes pour ne pas être emportés.
Ouf ! sauvés. Mais les pieds n'ont pas le temps de sécher
qu'ils doivent encore affronter 300 mètres de dénivelée
sur une distance d'un kilomètre. Ce jour-là, des
petits villages sont traversés. Un air de bonheur et
de sérénité flotte dasn les rues. Les maisons
sont simples et nous accueillent portes ouvertes. Les habitants
saluent tous les coureurs en général et Johan
Serazin en particulier. Il arrive encore en tête. Pierrick
Langlais suit. Avec Jean-Yves Vasseur, nous sommes sur ses talons.
26 août : 26 km en technicolor. Dans le bus qui
nous emmène au départ, on peut à nouveau
se délecter d'un paysage aux mille et une facettes, fulgurance
d'un paradis à travers le prisme terrestre. Le parc national
de Tapenti sera le théatre de cette étape de 26
kilomètres, de ce spectacle en technicolor. Ici des oiseaux
bigarrés, là des hibiscus flamboyants. Et que
d'arbres majestueux aux fruits généreux ! Le bruit
n'existe plus. Seuls les gazouillements et autres clameurs animales
s'associent au martèlement des pas des coureurs dans
cette nature sauvage. Devant, derrière, la jungle. Luxuriante
et profonde. Au détour d'une montée, une vue imprenable.
Sans jamais nous lasser, nous savourons chaque image de ce spectable
unique ... Puis, dévorons, après une douche rustique
(au jet d'eau), un bon poisson grillé dans un petit restaurant
typique. Dans le bus du retour, la commence sérieusement
à se faire sentir. Les yeux se mettent à papillonner.
Nous voilà déjà tous en train de rêver.
27 août : A l'assaut du volcan. Chargés
de leur sac, les aventuriers partent pour 25 kilomètres
à l'assaut du volcan Turrialba. 3491 mètres d'altitude,
1310 mètres de dénivelée positive et négative.
Jambes lourdes, genous strappés, muscles fatigués
... Qu'il en faut du courage et de la volonté pour se
lancer dans cette ascension ! Tout au lon du parcours se succèdent
souffrance, plaisir et fierté d'être là.
La solidarité est plus que jamais au rendez-vous : on
s'encourage, on s'aide parfois à sez relever et on repart.
Poursuivre l'aventure, ensemble. Le tour du cratêre est
à la fois envoûtant et inquiétant ; des
vapeurs s'en échappent ; des oderus de soufre nous chatouillent
les nariness. Et si le monstre se réveillait ? Enfin
la descente, loin d'être une délivrance, est peut-être
le moment le plus périlleux pour tenir sur ses jambes
aux muscles fatigués. Mais à l'arrivée,
le bonheur se lit sur tous les visages. Les souffrances du matin
ne sont plus que de vagues souvenirs. Tout est balayé
par l'émotion et l'immense satisfaction d'être
arrivés.
28 août : Le défi des Costaricains. Les
premiers mouvements au réveil nous rappellent les efforts
de la veille. Nous devons tout de même trouver les ressources
suffisantes pour affronter cette dernière étape.
Et ce n'est pas la moindre ! Cette ultime journée est
organisée par le club d'athlétisme de la ville
de Turrialba et nous devons nous mesurer aux meilleurs coureurs
costaricains. Il faut avouer que le corps humain recèle
des ressources insoupsonnées et, sous les encouragemnts
des habitants, une nouvelle énergie nous traverse. Nos
jambes déroulent toutes seules. Nous nous permettons
même d'accélérer sur les derniers kilomètres,
happés par la foule qui nous attend. Avalées ces
16 bornes ! Bravo à Johan qui, une fois encore, gagne
l'étape (et l'emporte au paradis). Bravo également
à Lionel Poulain qui a terminé avec les honneurs.
Pour ma part, je finis première féminine et troisième
au scratch. Les mots nous manquent pour exprimer ce que nous
ressentons. Emotion, quand tu nous tiens ! Alors place à
la musique : rythmes des Ticos (nom familier donné
aux Costaricains) et danses locales. Qu'il est bon de se
retrouver en compagnie des charmantes familles qui nous ont
si chaleureusement accueillis ! Décidément, cette
course grandiose n'a eu de cesse de nous immerger au sein d'une
région et d'une population généreuses.
C'est le secret du Costa Rica Run.
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