Jogging international - novembre 2003

 

C'est au coeur d'une nature abondante et avec une population particulièrement accueillante qu'avaient rendez-vous les coureurs du premier Costa Rica Run. En 181 kilomètres, ils n'ont pas eu assez de leurs yeux pour admirer, de leurs oreilles pour écouter. Et parfois de leurs jambes pour crapahuter.

Pas toujours facile de faire face à la diversité.

Ce raid plonge les coureurs au coeur d'une région et d'une population généreuses.

Le coeur du pays s'affole. La Cordillère, massif montagneux encore jeune, égrène des volcans qui ne veulent pas dormir. La jungle bouillonne de son trop-plein d'activités. Il nous faut pourtant trouver le sommeil. Satané décalage horaire ! L'avion nous a laissé dans la soirée à San José, la capitale. Nous sommes désormais à 70 kilomètres à l'est. Turrialba, ville centrale. Nos familles d'accueil nous attendent avec impatience. "Qui sont ces coureurs assz fous pour défier la montagne?" Notre seule hâte : nous reposer. Le lendemain, direction Bajo Pacuare. Ce village fera offfice de point de départ sur plusieurs étapes. En attendant, Turrialba s'éloigne peu à peu dans un imbroglio de vert et d'ocre. Des arbres démesurés émergent de vallées touffues. Les kilomètres défilent à travers la forêt. Des fleurs chamarrées succèdent aux palmeraies, aux champs de riz, aux banabiers.
Cahin-caha, le bus s'engage sur un pont dont quelques planches ont fait l'école buissonière. Suivent les chemins de terre boueux. Le chauffeur effectue plusieurs essais pour monter une dernière côte. Il se résout finalement à déposer ces passafers qui doivent terminer à pied jusqu'au camp, histoire d'avoir un petit aperçu de ce qui les attend pour les jours suivants ! Le mois d'août est au coeur de la saison des pluies au Costa Rica. Nous en ferons l'expérience tout au long du raid : durant la semaine ont alterné franc et pluies abondantes. Le ciel n'a jamais pu se décider entre le ciel bleu et le gris souris !

La journée du lendemain est encore consacrée à la récupération. Les habitants du village viennent nous proposer une partie de football. Quelle institution ici ! L'occasion est trop belle : quelques membres du staff et plusieurs coureurs se lancent dans la bataille. Costa Rica : 4 ; France : 2. Honorable vu l'entraînement des Costaricains. Arrive l'heure du briefing. Les langues commencent à se délier. Les néophytes expriment leurs inquiétudes auprès des plus expérimentés. Pourtant, quelle que soit leur expérience, tous sont là pour se "laver la tête" du quotidien, "faire la vidange" des habitudes et du stress accumulés. Passionnés de sport, ils vont pouvoir aller au bout d'eux-mêmes sur un parcours où les éléments ne leur feront aucun cadeau.

22 août : Grosse mise en jambes. 4 heures. Réveil difficile pour des aventuriers encore sous le cioup du décalage horaire. Déjà, des odeurs de riz planent dans l'air. L'incontournable gallo pinto, mélange de riz et de haricots rouges, nous attend pour un petit déjeuner copieux. Merci les cuisiniers ... 5h30. Enfin l'heure du départ. Dossars épinglés, casquettes enfilées, chaussures bien lacées. Les trailers sont prêts pour la plus longue étape du raid. 43 kilomètres de pistes accidentées et de sentiers boueux à travers la forêt ; 1784 mètres de dénivelée positive et 1150 mètres de dénivelée négative. Pour une mise en bouche, le morceau n'est pas facile à avaler. Peu importe, nous sommes là pour enchaîner les foulées. Pendant ce temps, les paysages défilent en cinémascope sous nos yeux ébahis. Quelle variété ! Autant de changement en si peu de temps, c'est tout simplement stupéfiant.. Johan Serazin ne s'est pas laissé distraire. En 3h45, il a largement dominé toute cette étape qui nous amène à moravia, dans un superbe gîte planté au milieu d'un décor idyllique. L'heure est à la détente : siste sous les palmiers pour certains, plongeons dans la piscine pour d'autres. Ou encore première visite chez les médecins suiveurs, Pierre et Claire Fouillant, pour soigner les ampoules naissantes.

23 août : Que de boue ! 353 mètres de dénivelée positive et négative ; 28 kilomètres de boue annoncés. Merci les pisteurs de nous avoir prévenus. Mais à ce point, de mémoire de raider, on n'avait jamais vu cela ! La meilleur stratégie pour gagner du temps, c'est d'abord d'éviter d'en perdre en allant repêcher sa chaussure coincée dans la gadoue ! Sur cette épreuve, certains coureurs commencent à faire l'épreuve de la solitude, deviennent soucieux. "Avant tout, ne pas se perdre !" Dans cette forêt primaire, tout est dense, insondable, inquiétant. Les troncs morts esquissent de sinistres silhouettes. Des bruits lugubres s'élèvent dans la touffeur tropicale. Beaucoup sont venus vivre ici une aventure hors des sentiers battus. Ils sont servis ! La descente jusqu'à la rivière est très technique. Banane vite avalée, citron tout frais et c'est reparti pour la plus difficile des montées. Deux serpoents s'invitent sur le parcours mais sont évités. Quelques chutes surviennent mais sont bien rattrapées. Lors de cette étape, les groupes commencent à se former. On a tous besoin des autres. L'entraide et la solidarité ne sont plus une question de politesse. Elles deviennent nécessité.

24 août : Où sont passées les balises ? Dès le départ, un rythme soutenu est donné. Nous sommes bien lancés mais, tout à coup, nous ne savons pas trop où aller. Le balisage commence à se faire rare. Et disparaît tout à fait. Des petits plaisantins ont déplacé les balises ; les coureurs se perdent dans les caféiers ... Voilà qui est un peu fort de café comme diraient les planteurs costaricains ! Pour finir, cette étape est annulée. Dommage car elle était magnifique. Seuls 16 kilomètres sont courus au lieu des 43 initialement prévus. Rira bien qui rira le dernier. Pour plus de sécurité, le système de balisage est changé. De la peinture biodégradable, ce sera plus difficile à déplacer !

25 août : Comme Indiana Jones. Nous entamons une boucle de 27 kilomètres sur des chemins escarpés. Durant cette étape, notre principale préoccupation est de ne pas perdre de vue les flèches tracées au sol. Mais voilà qu'elles disparaissent à nouveau : une rivière tumultueuse nous barre la route. Est-ce vraiment le moment de jouer ? La traversée est épineuse, il faut affronter les courants, on se prend pour Indiane Jones, on s'aide de cordes pour ne pas être emportés. Ouf ! sauvés. Mais les pieds n'ont pas le temps de sécher qu'ils doivent encore affronter 300 mètres de dénivelée sur une distance d'un kilomètre. Ce jour-là, des petits villages sont traversés. Un air de bonheur et de sérénité flotte dasn les rues. Les maisons sont simples et nous accueillent portes ouvertes. Les habitants saluent tous les coureurs en général et Johan Serazin en particulier. Il arrive encore en tête. Pierrick Langlais suit. Avec Jean-Yves Vasseur, nous sommes sur ses talons.

26 août : 26 km en technicolor. Dans le bus qui nous emmène au départ, on peut à nouveau se délecter d'un paysage aux mille et une facettes, fulgurance d'un paradis à travers le prisme terrestre. Le parc national de Tapenti sera le théatre de cette étape de 26 kilomètres, de ce spectacle en technicolor. Ici des oiseaux bigarrés, là des hibiscus flamboyants. Et que d'arbres majestueux aux fruits généreux ! Le bruit n'existe plus. Seuls les gazouillements et autres clameurs animales s'associent au martèlement des pas des coureurs dans cette nature sauvage. Devant, derrière, la jungle. Luxuriante et profonde. Au détour d'une montée, une vue imprenable. Sans jamais nous lasser, nous savourons chaque image de ce spectable unique ... Puis, dévorons, après une douche rustique (au jet d'eau), un bon poisson grillé dans un petit restaurant typique. Dans le bus du retour, la commence sérieusement à se faire sentir. Les yeux se mettent à papillonner. Nous voilà déjà tous en train de rêver.

27 août : A l'assaut du volcan. Chargés de leur sac, les aventuriers partent pour 25 kilomètres à l'assaut du volcan Turrialba. 3491 mètres d'altitude, 1310 mètres de dénivelée positive et négative. Jambes lourdes, genous strappés, muscles fatigués ... Qu'il en faut du courage et de la volonté pour se lancer dans cette ascension ! Tout au lon du parcours se succèdent souffrance, plaisir et fierté d'être là. La solidarité est plus que jamais au rendez-vous : on s'encourage, on s'aide parfois à sez relever et on repart. Poursuivre l'aventure, ensemble. Le tour du cratêre est à la fois envoûtant et inquiétant ; des vapeurs s'en échappent ; des oderus de soufre nous chatouillent les nariness. Et si le monstre se réveillait ? Enfin la descente, loin d'être une délivrance, est peut-être le moment le plus périlleux pour tenir sur ses jambes aux muscles fatigués. Mais à l'arrivée, le bonheur se lit sur tous les visages. Les souffrances du matin ne sont plus que de vagues souvenirs. Tout est balayé par l'émotion et l'immense satisfaction d'être arrivés.


28 août : Le défi des Costaricains. Les premiers mouvements au réveil nous rappellent les efforts de la veille. Nous devons tout de même trouver les ressources suffisantes pour affronter cette dernière étape. Et ce n'est pas la moindre ! Cette ultime journée est organisée par le club d'athlétisme de la ville de Turrialba et nous devons nous mesurer aux meilleurs coureurs costaricains. Il faut avouer que le corps humain recèle des ressources insoupsonnées et, sous les encouragemnts des habitants, une nouvelle énergie nous traverse. Nos jambes déroulent toutes seules. Nous nous permettons même d'accélérer sur les derniers kilomètres, happés par la foule qui nous attend. Avalées ces 16 bornes ! Bravo à Johan qui, une fois encore, gagne l'étape (et l'emporte au paradis). Bravo également à Lionel Poulain qui a terminé avec les honneurs. Pour ma part, je finis première féminine et troisième au scratch. Les mots nous manquent pour exprimer ce que nous ressentons. Emotion, quand tu nous tiens ! Alors place à la musique : rythmes des Ticos (nom familier donné aux Costaricains) et danses locales. Qu'il est bon de se retrouver en compagnie des charmantes familles qui nous ont si chaleureusement accueillis ! Décidément, cette course grandiose n'a eu de cesse de nous immerger au sein d'une région et d'une population généreuses. C'est le secret du Costa Rica Run.

 

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