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Le 9 juillet, |
journée d’acclimatation.
Surprise, la pluie de la veille a disparu. Les coureurs découvrent une petite plage de sable, une mer calme, un camping rustique "à la ferme" mais superbement situé, et surtout le joli petit village d'Allihies où les maisons peintes aux couleurs vives et variées donnent la sensation d'un tableau impressionniste. Cette journée d'acclimatation permettra surtout de découvrir la chaleur & la convivialité des pubs multicolores qui jonchent la rue principale d'Allihies. (200 habitants, 7 pubs, une soirée musicale par jour!). Ce n’est pas une légende, il y fait bon vivre dans ces pubs où les Irlandais aiment se réunir ! Faut t-il le dire? C'est autour d'une pinte de Guinness, Smithwicks ou Harp que les cinquante concurrents font connaissance. Certains se retrouvant après les précédentes éditions du Raid des Trolls en Norvège, d'autres ont des noms connus dans le monde de l'ultra: Karim Mosta avec son célèbre maillot jaune; Michel Bach, baroudeur à la casquette ornée de plumes, surnommé "le corbeau" ou "l'indien" qui raconta au cours du séjour, ses multiples aventures avec sa verve hilarante et son humour dévastateur; Jean Maurice Henry de l'île de la Réunion, un fidèle de la "Diagonale des Fous"; Gérard Reix, organisateur de la course du mont Salève, etc... Certains s'adonnent à la pêche et sortent de beaux maquereaux, que Jacques le pisteur, délaissant quelques temps ses balises, accommodera à sa manière. D'autres s'essaient à la baignade (15°!). Tout le monde se concentre à sa manière pour le début de l'épreuve. |
| 10 juillet | 1ère étape, 25 km, 840 m de dénivelés positifs et négatifs.
Certains concurrents prennent cette étape pour une mise en jambes. Grave Erreur. C'ést une étape à part entière. Le départ est donné sous un soleil radieux. Les couleurs deviennent chatoyantes. Les paysages côtiers vus des montagnes sont superbes, offrant un panorama exceptionnel aux raideurs. Quelques concurrents n’hésitent pas à s’arrêter pour prendre une photo et fixer dans leurs souvenirs cette carte postale. Si la pluie est absente, de l’eau, ils allaient en demander. Par ce temps ensoleillé, accompagné d’un petit vent asséchant, certains, par trop d’assurance ou manque d’expérience, allaient rapidement s’exposer à des défaillances, voir des crampes. Devant, Cela va vite, trop vite pour certains qui vont le payer par la suite. Sur ce terrain inconnu d’Irlande (où les sommets dépassent rarement les 700 m) mais très abruptes, où l’herbe spongieuse et glissante rend les appuis incertains, les montées sont courtes mais raides et marquent déjà les cuisses et les mollets. Jean-Claude RAYMOND escalade une des nombreuses échelles séparant des murets. Il glisse et tombe dans la boue se déboîtant l'épaule. Par chance, arrive Jean-Marie, concurrent qui est chirurgien orthopédiste. Il lui remet l'épaule en deux secondes! Jean-Claude fera toute la course la main dans le porte guidon et se classera. Ces 25 km furent pour bon nombre une surprise de taille. Laurent Masia arrive premier en 2h 17mn. |
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Jeudi 11 juillet |
2ème étape; 40 km en boucle; 1050m de dénivelés
positifs & négatifs.
Toujours sur la péninsule de Beara, la deuxième étape tracée sur fonds de mer et de montagne s’élève rapidement pour traverser une ancienne mine de cuivre désaffectée. Le soleil est radieux et les concurrents sont prudents. 40 km, il faut les gérer. Direction Eyeries, village d’exception qui servit de décors au film "un taxi mauve". Certaines maisons sont de vrais tableaux à elles seules. Eyeries est un des villages le plus photographié d'Irlande. Enchantés par ce paysage long de 40 km, tous filent vers le point culminant de l’Auragh culminant à 540 m qui leur dévoile une vue à 360° exceptionnelle. Christine Llagonne, qui n'a jamais connu du sport que ce qu'elle entend en permanence raconter par son mari et ses copains, qui a fait l'accompagnement et les ravitaillements au Raid des Trolls l'année dernière, s'est donnée le défi de faire le Raid Celtique en marchant. Aujourd'hui, en proie à des troubles digestifs importants, ne pouvant plus s'alimenter et "passer à la pompe", la "voiture refuse d'avancer". Cela s'arrangera les jours suivants oú elle pourra terminer en levant les bras. Il lui a fallut beaucoup de courage et de détermination ainsi que l'assistance des "marcheurs associés", Nicolas et Marie-Thérèse. Les 3 filles de tête (il y avait quand même 16 femmes pour 50 participants), se sont perdues. Quelques coureurs "machos" en ont profité pour leur expliquer qu'avec un manque évident de neurones, ce n'était pas étonnant. Elles le leur rendront bien le lendemain. A l’arrivée, l’écart se creuse, trois coureurs se détachent du groupe ; Laurent MASIA, Alain CRABOT, Karim MOSTA, dans un mouchoir de poche. Pour le classement féminin, Anne TANNEAU, Françoise PETER, Mireille CHABASSIER & Renée Pierre AUDIBERT. |
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Vendredi 12 juillet |
3ème étape; 30
km; 600 m de dénivelés positifs
et négatifs.
Ce matin, branle-bas de combat. On déménage. Il faut faire ses bagages, replier les tentes prendre le car pour Kenmare, porte d'entrée de la plus grosse péninsule du Kerry; The Ring of Kerry. Le départ est donné à midi. Les coureurs n'ont pas seulement changé de péninsule mais aussi de terrain. La région de Kenmare est plus ombragée avec quelques passages en sous-bois, pour la plupart classés. En Irlande il y a peu de forêts mais beaucoup de haies fleuries. On découvre aux détours des sentiers des fuchsias, du chèvrefeuille, des palmiers. Sous ce climat protégé par les courants du Golf Stream, la température, même en hiver ne descend que rarement au-dessous de 0°. Pour quelques concurrents, c'est la journée galère. D'abord, la pluie est présente sur tout le parcours (ce sera la seule étape avec de la pluie), ensuite les baskets découvrent la tourbe, cette espèce d'humus gorgé d'eau, oú par endroit, on enfonce à mi-mollet (il faut bien serrer ses chaussures sous peine de ne plus jamais les revoir). Enfin quelques coureurs se perdent... Ceux justement qui s'étaient moqués du manque de neurones de quelques coureuses qui n'ont pas manqué de les accueillir à l'arrivée (l'arroseur arrosé...). L'arrivée au camping 4 étoiles de Wave Crest à Caherdaniel donne un sentiment de luxe. |
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Samedi 13 juillet |
4ème étape; 43 km en boucle; 1300 m de dénivelés
positifs et négatifs.
L'étape vérité. Au dire de certains, la plus magique et la plus difficile de ce raid. Ou ça passe ou ça casse. Car le lendemain, pour la dernière étape, on a plus le droit d'arrêter. Une succession de 4 monts au milieu d'une végétation résineuse, voire épineuse qui "titille" les mollets de ceux qui n'ont pas pris la précaution de mettre des collants. Et comme il ne s'était pas assez piqué les jambes, Michel Bach s'affale sur une barrière de barbelés (plus de peur que de mal et cela lui fera une histoire de plus à raconter...). Le paysage est époustouflant. Incroyable de voir autant de diversité en si peu de kilomètres. Après avoir longé une mer parsemée d'une multitude de petites îles, les concurrents passent un premier col pour découvrir un lac immense. Deux sommets plus tards, les coureurs longent le lac sur des crêtes pour découvrir l'immensité de l'océan. Un ravitaillement attend les coureurs dans la petite ville de Waterville près de la statue de Charlie Chaplin. Celui-ci a séjourné ici plusieurs années. Jean-Claude avec son bras en écharpe doit faire des prouesses d'équilibriste pour rester debout sur ce terrain instable. Francis Lasnier sera plus marqué avec une belle entorse de la cheville, soignée "sur le tas" avec un strapping, et plus tard avec une attelle de contention qui lui permettra de terminer le raid malgré ce handicap. Le dernier concurrent passe la ligne d'arrivée et la pluie fait son apparition comme pour nous dire: "J'ai été sympa, j'ai attendu le dernier pour commencer à tomber." Il faut quand même nous rappeler que nous sommes en Irlande!!! |
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Dimanche 14 juillet |
5ème et
dernière étape: 42 km, 560m de dénivelés positifs & négatifs (en
une seule ascension +560m sur 3 km, -560 sur 7 km)
L'apothéose. C'est normal vue la date! Nous sommes sur la péninsule la plus au nord du Kerry. Dingle. Un des noms les plus connus d'Irlande. La ville du même nom que la péninsule attire des milliers de touristes du monde entier (des films ont été tournés dans ses paysages spectaculaires et des grands noms y ont séjournés. On ne peut pas rester indifférent face à ces paysages parfois doux, parfois tourmentés, parfois spectaculaires. La péninsule de Dingle est aussi un haut lieu de la culture Gaélique. Les très nombreux pubs y sont réputés pour leur musique de qualité. Tout est prétexte pour boire un coup en écoutant de la musique. On trouve même un cordonnier qui fait aussi office de pub (on boit un verre pendant la remise en état des chaussures!). Une des grandes attractions de la ville est aussi un dauphin de 400 kg qui à élu domicile depuis plus de 10 ans dans la baie. On peut l'apercevoir depuis la terre ferme. Mais plusieurs bateaux proposent de l'approcher et on peut l'admirer sautant à quelques mètres. Certains jours d'autres nagent à sa rencontre pour jouer avec lui. Quelques gouttes de pluie pour le départ, puis le ciel se déchire pour laisser apparaître un soleil généreux qui donne une lumière particulière à la brume matinale. Une étape haute en couleurs, avec deux immenses plages, des lacs, des montagnes et enfin la descente sur Dingle : l’arrivée ! Les concurrents passent brutalement de la nature boueuse, humide, terreuse vers un paradis de luxe (hôtel 4 étoiles à la pelouse douce et moelleuse, à la moquette soyeuse.). Au soleil couchant, de la musique s’élève des pubs, tantôt joyeuse, tantôt mélancolique. Les pubs sont légions mais, malgré cela, il faut arriver de bonne heure le soir venu, si l’on veut déguster le breuvage national qu’est cette bière noire et écouter la musique qui semble venir du fond des temps. A l'unanimité, la réaction des coureurs est "formidable, géant, super, génial, grandiose... que des superlatifs". Les remerciements vont naturellement vers toute l'équipe qui s'est "défoncée" pour les coureurs. Vers cette équipe "d'ados" de 14 à 17 ans qui ont intégré leur camp de jeunes au raid pour aider aux ravitaillements et encourager les coureurs. Vers ces Irlandais à l'estomac spongieux, au visage gai et au cœur chaleureux. Vers la clémence divine et céleste nous apportant des conditions quasi idéales au cours de ces 16h 40mn pour les premiers et 40h pour les marcheurs. C'est sur, l'Irlande a marqué tous les cœurs. Chaque matin cette île et ses habitants se lèvent de bonne humeur. Pourquoi ? Les coureurs, eux, l’ont découvert, du premier au dernier ; tous ont vu cet éclair qui brille dans les yeux d’un irlandais ! Le raid celtique est une course pleine de surprises et de découvertes. Raids & Aventure et Paul Vilcot ont déjà programmé l'année prochaine en plus du Raid des Trolls, un raid au Costa Rica, petit pays au cœur de l'Amérique centrale. Après la réussite de la ballade irlandaise, il ne fait aucun doute que bon nombre de participants ont déjà noté ce raid sur leur programme. Texte Antoine Pierson (dossard 44); Jean Philippe Vasseur (responsable ravitaillements). |
"Si j'avais su ce qui m'attendait lors de mon inscription du "Raid Celtique", je pense qu'à cet instant, j'aurai imaginé n'importe quel prétexte pour ne plus partir.
Si j'avais eu connaissance de ce que j'allais vivre durant ces 10 jours devenus immortels dans ma mémoire, j'aurais tout mis en œuvre pour pouvoir partir et rien n'aurait pu m'arrêter.
Voilà tout le paradoxe de cette aventure. C'est ce paradoxe qui m'a habité, poussé, transcendé durant cette course. Ce voyage partagé entre souffrance et bonheur.
Si la langue française est dotée d'un vocabulaire exceptionnellement riche, la carence des mots pour décrire ce paradoxe entre douleur et plaisir reste à combler. Si mes sensations demeurent intimes, voir secrètes, le désir de partager est malgré tout immense et ne se trouve en rien émoussé, à l'instar de ces montagnes aux cimes arrondies, poussant dans la mer d'Irlande.
Partager ses parcours sans fin dans des lieux magiques habités par ces boules blanches aux regards surpris d'abord, puis amusés. Amusés ses boules de vouloir se jouer de nous en nous donnant des leçons de descente sur des dénivelés interminables, caillouteux, tourbeux, boueux, douloureux, bref: merveilleux.
Partager notre déraison, ou la vraie raison de notre démesure, de notre passion qui, si elle peut parfois sembler excessive, atteint avec peine la hauteur de notre récompense.
J'ai eu la chance de connaître le plaisir immense de surmonter les douleurs. Je me dois de transmettre que si l'abandon n'est pas un échec, il est certainement l'ultime moyen de vous empêcher de connaître la victoire, votre victoire. Et ce souffle est tellement délectable, que j'ai envie et besoin de le sentir maintenant et tous les jours. IL EST VITAL."
Pierrick LANGLAIS (dossard 31)
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